Ici, le Mississippi n'a pas encore la largeur paresseuse qu'on lui connaît en Louisiane. Il coule vif entre des falaises boisées, et c'est à Saint Paul, capitale du Minnesota, que s'achève ou commence la grande remontée du fleuve. Les navires fluviaux, dont le Viking Mississippi et ses 386 passagers, s'amarrent à Lambert's Landing, au pied du quartier de Lowertown : les tours du centre se dressent juste au-dessus des quais, à distance de marche.
Lowertown, première impression
Au débarquement, inutile de chercher un autocar : Lowertown commence au sommet de la berge. L'ancien quartier des entrepôts a gardé ses façades de brique et ses monte-charges, reconvertis en ateliers d'artistes, en cafés et en microbrasseries. Les matins de fin de semaine, le marché fermier attire producteurs et flâneurs sous ses auvents, entre fromages du Wisconsin voisin, sirops d'érable et bouquets d'été. L'ancienne gare Union Depot, restaurée avec soin, rappelle l'époque où des dizaines de trains déversaient ici voyageurs et marchandises. C'est le meilleur endroit pour prendre le pouls de la capitale du Minnesota avant de monter vers ses monuments.
La victorienne de la colline
La capitale cultive un air de vieille dame élégante. Sur sa hauteur, la cathédrale déploie un dôme inspiré de la basilique Saint-Pierre de Rome; l'intérieur, tout de marbre et de vitraux, surprend par son ampleur dans une agglomération de cette taille. À deux pas s'étire Summit Avenue, longue enfilade de demeures victoriennes remarquablement conservées. C'est dans ce quartier qu'est né Francis Scott Fitzgerald, et l'on comprend, en longeant les pelouses et les vérandas, d'où l'auteur de Gatsby tirait son regard sur les fortunes américaines.
Deux villes jumelles, deux caractères
De l'autre côté du fleuve, Minneapolis joue une partition plus contemporaine. Les amateurs d'art ont l'embarras du choix : le Minneapolis Institute of Art et ses collections encyclopédiques, le Walker Art Center pour la création actuelle, ou encore le Weisman Art Museum et sa façade d'acier froissé signée Frank Gehry. Les deux rives se répondent ainsi : l'une conserve, l'autre invente. Passer de l'une à l'autre en une même journée donne la mesure de ce duo surnommé les Twin Cities.
La nature en pleine agglomération
Peu de métropoles américaines vivent autant dehors. Plus de 800 kilomètres de pistes cyclables sillonnent les deux rives, et le sentier du Mississippi suit le fleuve au plus près, entre falaises et forêts urbaines. Au parc Como, on passe des serres du jardin japonais aux allées d'un zoo apprécié des familles, sans jamais quitter les limites de la capitale. En été, kayakistes et cyclistes se partagent les berges; l'eau qui file sous les ponts rappelle que tout, ici, a commencé par le courant : les scieries, les minoteries, puis les fortunes qui ont bâti Summit Avenue.
Trois idées selon le temps disponible
- Deux heures : flâner dans Lowertown, ses entrepôts de brique reconvertis et ses cafés, puis longer les quais du Mississippi.
- Une demi-journée : monter vers la cathédrale et redescendre Summit Avenue, en s'attardant devant les demeures du XIXe siècle.
- Une journée : traverser vers Minneapolis pour un musée, puis revenir par les berges à vélo ou en navette.
Le soir venu, depuis le pont du navire, les lumières de Saint Paul se reflètent dans l'eau sombre. On songe aux radeaux, aux vapeurs et aux générations d'Américains partis d'ici vers le sud, Mark Twain en tête de cortège. Le grand fleuve commence sa course de 3 700 kilomètres vers le golfe; le voyageur, lui, commence à peine à mesurer tout ce que ces deux villes jumelles avaient à raconter.