Nashville TN Tennessee

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La musique arrive avant la ville. Bien avant que les amarres soient tournées, des bribes de guitare et de fiddle flottent déjà sur la rivière Cumberland, échappées des honky-tonks qui jouent du matin jusqu'à la nuit. Les bateaux fluviaux accostent à Riverfront Park, au pied même de Broadway : il suffit de traverser une rue pour plonger dans la capitale mondiale de la musique country, ce qui fait de Nashville l'un des débarquements les plus directs de toute la navigation intérieure américaine.

Broadway, la rue qui joue

Le Lower Broadway aligne sur quelques rues, entre la Cumberland et la Cinquième Avenue, ses bars à néons où des musiciens, souvent d'un calibre étonnant, enchaînent les prestations sans droit d'entrée; on pousse une porte, on écoute deux chansons, on passe à la suivante, pourboire au passage dans le pot qui circule. Bottes de cuir brodées, chapeaux et vitrines de guitares complètent le décor, et les boutiques d'instruments laissent volontiers les clients essayer une six-cordes sous l'œil d'employés qui, comme la moitié de la ville, attendent leur propre percée musicale. L'endroit est bruyant, assumé, joyeux, et constitue à lui seul une attraction que bien des villes envient sans jamais réussir à la copier.

Les temples de la country

À un coin de rue, le Ryman Auditorium mérite sa réputation de Carnegie Hall du Sud : cette ancienne église devenue salle mythique du Grand Ole Opry a vu passer toutes les légendes, de Hank Williams à Johnny Cash, et ses visites guidées permettent même de poser pour une photo sur la scène sacrée. Tout près, le Country Music Hall of Fame déploie costumes à paillettes, voitures dorées et enregistrements historiques dans un bâtiment évoquant un clavier de piano; on peut y joindre la visite du Studio B, où Elvis Presley enregistra des dizaines de titres. Les mordus prolongeront avec le Johnny Cash Museum, compact et touchant.

Au-delà des néons

Nashville ne se limite pas à ses guitares. En remontant vers le nord, le Capitole du Tennessee coiffe sa colline de colonnes grecques, et le parc du Bicentenaire déroule une leçon d'histoire de l'État gravée dans le granit. Les amateurs d'architecture pousseront jusqu'à la réplique grandeur nature du Parthénon dans Centennial Park, héritage d'une exposition de 1897, à quelques minutes en taxi. Et pour goûter la ville, une adresse de hot chicken s'impose : ce poulet frit incendiaire, spécialité née dans les cuisines afro-américaines locales, se décline du doux au dangereux, cornichons et pain blanc en garniture réglementaire.

Organiser ses heures

Tout le cœur touristique se parcourt à pied depuis le quai, chose rare pour une ville américaine de cette taille. Pour une vue d'ensemble, empruntez la passerelle piétonne John Seigenthaler, qui enjambe la Cumberland juste à côté du point d'accostage : le panorama sur les gratte-ciel et le stade des Titans explique en une image pourquoi la ville pousse si vite. Une matinée suffit pour le Ryman et le Hall of Fame, l'après-midi se prête aux musées ou au Capitole, et l'heure qui précède le rappel à bord se passe immanquablement dans un honky-tonk, à regretter de ne pas rester pour la soirée. Les navettes des compagnies desservent parfois le Grand Ole Opry House, plus excentré, où le célèbre spectacle radiophonique se produit encore, un siècle après ses débuts sur les ondes.

On quitte Nashville avec un refrain accroché quelque part entre les côtes, et la certitude d'avoir vu une ville qui vit réellement de ce qu'elle chante. La Cumberland reprend son cours tranquille entre les collines du Tennessee, mais sur le pont arrière, il se trouve toujours quelqu'un pour fredonner encore.