Peu d'escales placent le voyageur aussi vite dans le vif du sujet : à New London, le navire s'amarre au City Pier, en plein centre, derrière la gare ferroviaire de 1887 dessinée par l'architecte H. H. Richardson. Autour, l'estuaire de la rivière Thames — prononcée ici « Thaymz » — bourdonne de traversiers vers Long Island, de voiliers-écoles et de bâtiments de la Garde côtière. Cette petite cité du Connecticut, qui compta parmi les grands ports baleiniers du XIXe siècle, sert aussi de porte d'entrée vers le plus célèbre musée maritime des États-Unis.
Une ville qui se parcourt à pied
Depuis le quai, dix minutes de marche à plat suffisent pour traverser le cœur ancien. On y croise les Hempsted Houses, deux habitations coloniales comptant parmi les plus anciennes de la Nouvelle-Angleterre, épargnées par l'incendie de la ville pendant la Révolution, puis les façades d'époque de Bank Street, où cafés indépendants, disquaires et galeries occupent les anciens comptoirs des armateurs, sous des corniches ouvragées qui rappellent la fortune baleinière. Le Lyman Allyn Art Museum, dans son édifice néoclassique entouré de jardins, expose une belle collection d'art américain, des primitifs aux impressionnistes du Connecticut, dans un calme propice à la flânerie.
La mer comme école
New London vit toujours au rythme des uniformes : l'Académie de la Garde côtière américaine occupe la rive en amont, et son voilier-école, la barque Eagle, trois-mâts de 90 mètres surnommé le « grand voilier de l'Amérique », se visite gratuitement lorsqu'il est à quai. Plus près du centre, le fort Trumbull avance dans l'estuaire ses bastions de granit d'avant la guerre de Sécession ; son centre d'interprétation et ses remparts offrent un beau point de vue sur le trafic maritime. À l'entrée du chenal, le Harbor Light, allumé dès 1801, demeure le plus ancien phare du Connecticut, fine colonne blanche que les passagers retrouveront au moment de l'appareillage.
Le XIXe siècle grandeur nature
La plupart des excursions filent vers l'est, à une quinzaine de kilomètres : Mystic Seaport Museum reconstitue un village maritime complet du XIXe siècle, avec forge, voilerie, imprimerie et chantier naval en activité, animés par des artisans en costume. On y monte à bord du Charles W. Morgan, dernier baleinier de bois au monde, lancé en 1841. Démonstrations, promenades fluviales et rencontres avec les charpentiers occupent aisément une demi-journée ; le village voisin de Mystic, avec son pont-levis et ses boutiques le long de la rivière, ajoute une halte plaisante avant le retour.
Le front de mer des familles
Quand la journée est chaude, les habitants filent vers Ocean Beach Park, à la sortie sud de la ville : une longue plage de sable, une promenade de bois à l'ancienne, des jeux pour enfants et un casse-croûte qui sent la friture de palourdes. L'endroit, très couru des familles du comté, offre au passager une plongée sans filtre dans l'été américain ordinaire.
Repères d'escale
- Cœur ancien, Hempsted Houses et Bank Street : accessibles à pied du quai.
- Fort Trumbull : quelques minutes en taxi, ou une trentaine de minutes à pied le long de la rive.
- Mystic Seaport et l'aquarium voisin : environ 20 à 25 minutes de route, en excursion organisée ou en taxi.
Dernier coup d'œil sur la Thames
Au départ, quand le navire redescend l'estuaire, on repasse devant le phare de 1801, les bastions du fort et, avec un peu de chance, la silhouette blanche de l'Eagle rentrant de campagne, cadets alignés sur les vergues. New London ne retient pas ses visiteurs par la démesure, mais par cette densité maritime rare : trois siècles de navigation, un phare, un fort, une académie et un village-musée, concentrés sur quelques kilomètres de rive à portée immédiate de la passerelle.