Un après-midi d'août 1858, des milliers de fermiers de l'Illinois convergèrent vers une place ombragée pour écouter deux hommes débattre de l'avenir de l'esclavage. L'un s'appelait Abraham Lincoln, l'autre Stephen Douglas, et Ottawa venait d'entrer dans l'histoire américaine. Le bateau fluvial qui s'amarre aujourd'hui au confluent des rivières Illinois et Fox dépose ses passagers à quelques rues de cette place, dans une petite ville qui a gardé le goût de raconter son passé.
Washington Square et le souvenir de 1858
Le square Washington demeure le cœur d'Ottawa. C'est ici que s'est tenu, le 21 août 1858, le premier des sept débats Lincoln-Douglas, épisode marquant de la campagne sénatoriale qui allait propulser Lincoln vers la présidence. Une fontaine entourée des statues des deux orateurs marque l'emplacement, et de grandes demeures du dix-neuvième siècle bordent toujours la place. On s'y assoit volontiers quelques minutes, à l'ombre des arbres, pour imaginer la foule, les fanfares et les discours qui duraient des heures.
Des murales plein les murs
En marchant du square vers les berges, les façades du centre-ville déroulent une série de murales consacrées aux grandes heures locales : les canaux, le chemin de fer, les pionniers, les scènes de la vie quotidienne d'autrefois. Le centre historique se parcourt entièrement à pied, entre cafés, boutiques d'antiquités et commerces de brique rouge. Au bout des rues, la rivière réapparaît sans cesse, rappelant que cette communauté doit tout à l'eau qui la traverse.
Starved Rock, la légende et les canyons
À une quinzaine de kilomètres en aval, le parc d'État de Starved Rock attire environ deux millions de personnes par année, ce qui en fait le plus fréquenté de l'État. Ses sentiers serpentent entre des canyons de grès où des cascades se forment après les pluies et au printemps. Le nom du parc vient d'une légende amérindienne : des membres de la nation Illinois, assiégés au sommet du grand rocher qui domine la rivière, y auraient péri de faim au dix-huitième siècle. Plusieurs itinéraires de croisière proposent une excursion vers ces sentiers ; c'est l'occasion de mesurer combien la vallée, si paisible vue du pont, cache des paysages étonnamment escarpés.
L'héritage du canal Illinois-Michigan
Avant le rail, c'est un canal qui a fait la fortune de la région : l'Illinois and Michigan Canal, achevé au milieu du dix-neuvième siècle, reliait le lac Michigan aux eaux de la vallée et a ouvert le commerce entre Chicago et le Mississippi. Ottawa a grandi avec lui, et son tracé se suit aujourd'hui à pied ou à vélo sur d'anciens chemins de halage. Cette mémoire des canaux, des écluses et des mules de halage revient dans les murales et les musées de la vallée, et elle explique la prospérité des façades du centre-ville.
La rivière au rythme d'autrefois
Ottawa cultive aussi son lien avec la navigation d'antan. Un bateau à aubes local, le Sainte Genevieve, propose des sorties fluviales depuis le centre-ville, entre écluses et berges boisées. Observer les remorqueurs pousser leurs barges, comme ils le font depuis des générations, aide à comprendre le rôle de ce corridor fluvial qui relie les Grands Lacs au Mississippi. Les berges aménagées près du confluent se prêtent à une pause tranquille, un cornet de crème glacée à la main, pendant que les hérons pêchent dans la Fox.
Cette étape ne cherche pas à éblouir. Elle offre autre chose : une plongée dans l'Amérique des petites villes, celle des places ombragées, des débats qui ont changé un pays et des rivières qui travaillent encore. En regagnant la passerelle, on emporte le souvenir d'une communauté fière de son rocher, de ses murales et de son square, et l'envie de relire quelques pages sur ce jeune avocat qui, un jour d'août, y a trouvé sa voix.