Deux rivières s'unissent pour en créer une troisième, et une ville entière s'est bâtie autour de ce rendez-vous. À Pittsburgh, l'Allegheny et la Monongahela se rejoignent en une pointe de verdure pour donner naissance à l'Ohio, et c'est précisément là, au cœur du centre-ville, que les bateaux fluviaux amarrent. Point de départ ou d'arrivée des croisières sur l'Ohio, l'ancienne capitale de l'acier surprend ceux qui l'imaginent encore grise : les hauts fourneaux ont cédé la place aux musées, aux sentiers riverains et à l'une des plus belles silhouettes urbaines de l'est américain.
Le jardin du confluent
À quelques pas de l'embarcadère, Point State Park occupe le triangle exact où naît l'Ohio. Sa grande fontaine marque le confluent, et les pelouses se remplissent de promeneurs dès les beaux jours. C'est ici que se sont succédé les forts qui ont déclenché des rivalités coloniales entre Français et Britanniques au XVIIIe siècle; la Fort Pitt Block House, modeste bâtisse de brique, en demeure le témoin. Autour, le Triangle d'or aligne ses tours de bureaux, dont certaines, néogothiques ou art déco, méritent qu'on lève la tête.
Mount Washington par le funiculaire
Sur l'autre rive de la Monongahela, un plan incliné centenaire hisse ses cabines de bois vers le sommet de Mount Washington. Le Duquesne Incline grimpe lentement, et à mesure que la cabine s'élève, le paysage urbain se déploie : les trois rivières, la pointe, les ponts jaunes qui enjambent les eaux dans toutes les directions. Beaucoup considèrent ce panorama comme l'un des plus réussis des États-Unis, et la lumière de fin de journée lui va particulièrement bien. Le belvédère du sommet longe une rue résidentielle paisible.
Warhol, l'enfant du pays
Passé l'Allegheny, la rive nord regroupe les stades des Steelers et des Pirates ainsi qu'une institution que le monde entier associe à Pittsburgh : le musée Andy Warhol, consacré à l'artiste né ici en 1928. Sept étages retracent son parcours, des illustrations de jeunesse aux sérigraphies devenues des icônes. C'est la plus vaste collection au monde dédiée à un seul artiste de cette envergure, et une visite de deux heures suffit à en prendre la mesure.
Idées pour compléter la journée
- Longer les rivières à pied ou à vélo sur les sentiers aménagés qui relient la pointe aux stades.
- Traverser à pied l'un des ponts jaunes de l'Allegheny, dont celui dédié à Roberto Clemente, fermé à la circulation les jours de match.
- Pousser jusqu'au Strip District, ancien quartier de grossistes devenu garde-manger et rendez-vous des gourmands, pour ses épiceries italiennes, polonaises et asiatiques.
- Selon le temps disponible, choisir entre les musées Carnegie et les serres du jardin botanique Phipps.
Une ville qui se raconte par ses ponts
Pittsburgh entretient avec ses cours d'eau un lien que peu de villes américaines peuvent revendiquer. Les ponts s'y comptent par centaines à l'échelle du comté, et depuis le pont d'un bateau fluvial, on comprend vite pourquoi : chaque quartier semble tourné vers une rive, chaque perspective encadrée par une travée d'acier peinte en jaune. L'acier, justement, n'a pas disparu; il s'est mué en mémoire, en musées et en fierté locale.
Larguer les amarres
Quand le bateau s'écarte du quai et passe la pointe, les gratte-ciel glissent lentement derrière la fontaine, et la vallée de l'Ohio s'ouvre droit devant. Les collines boisées se referment sur la rivière, premières images d'un voyage qui descendra vers Cincinnati ou Louisville. Pittsburgh aura servi d'ouverture éclatante : une métropole compacte, marchable et fière, qui se découvre idéalement depuis l'eau qui l'a fait naître.