Point Pleasant WV West Virginia

En novembre 1966, deux couples affirmèrent avoir croisé, près d'une ancienne usine de munitions, une créature ailée aux yeux rouges. L'histoire fit le tour du pays, les témoignages se multiplièrent pendant un an, et Point Pleasant entra dans la légende américaine sous le signe du Mothman, l'« homme-phalène ». Les bateaux qui descendent l'Ohio font aujourd'hui halte dans cette petite ville de Virginie-Occidentale où le folklore le plus étrange voisine avec l'un des champs de bataille fondateurs de la frontière américaine.

Au confluent de deux rivières

Le bourg occupe la pointe où la rivière Kanawha rejoint l'Ohio. Les Wyandots l'appelaient Tu-Endie-Wei, « la pointe entre deux eaux », et le débarcadère place les passagers à quelques minutes de marche de tout ce qui compte. Le long de la berge, le parc riverain s'étire au pied d'un mur anti-crues devenu galerie à ciel ouvert : ses fresques peintes racontent, panneau après panneau, l'histoire locale, des nations autochtones aux vapeurs à aubes. C'est la meilleure introduction possible, et elle ne coûte qu'une promenade.

Tu-Endie-Wei, mémoire d'une bataille

À l'extrémité de la pointe, un petit parc d'État protège le site de la bataille de Point Pleasant. Le 10 octobre 1774, des miliciens virginiens y affrontèrent une confédération de guerriers shawnees et mingos menée par le chef Cornstalk, figure respectée jusque chez ses adversaires. Un obélisque de granit de 26 mètres commémore l'affrontement, considéré par certains historiens comme un prélude à la guerre d'Indépendance. Sur place se visite aussi la Mansion House, une taverne en rondins de 1796 convertie en musée, ouverte de mai à octobre, où mobilier et objets d'époque restituent la vie sur la frontière.

Le Mothman, gloire locale

À deux rues de là, le ton change du tout au tout. Une statue d'acier poli aux ailes déployées et aux yeux rouges attire les photographes en plein centre : le Mothman, devenu l'emblème officieux et assumé du lieu. Le musée voisin, présenté comme le seul au monde consacré à la créature, rassemble coupures de presse de 1966-1967, récits de témoins et accessoires du film hollywoodien tiré de l'affaire. On y entre amusé, on en ressort étrangement songeur : la ville a subi en décembre 1967 l'effondrement du Silver Bridge, une catastrophe qui fit 46 victimes, et la légende s'est nouée pour toujours à ce deuil bien réel. Le petit musée de la rivière, consacré aux bateaux de l'Ohio, complète le tableau pour les passionnés de navigation.

Flâner dans la rue principale

  • Main Street aligne antiquaires, cafés et boutiques où le Mothman se décline sans complexe, du t-shirt au biscuit décoré.
  • Les fresques du mur anti-crues se suivent comme une bande dessinée historique sur plusieurs centaines de mètres.
  • Le parc riverain offre bancs et points de vue sur le trafic fluvial, toujours actif sur l'Ohio.

Une Amérique de bord de fleuve

Point Pleasant compte quelques milliers d'habitants, et l'escale se savoure précisément pour cette échelle. Les commerçants prennent le temps de causer, les vétérans saluent depuis leurs galeries, et l'histoire, qu'elle soit documentée ou légendaire, appartient visiblement à tout le monde. Peu d'arrêts sur cette rivière condensent autant de récits au kilomètre carré.

Reprendre le courant

Au moment où le bateau s'écarte de la berge, la pointe verte de Tu-Endie-Wei glisse le long du bordage, avec son obélisque dressé entre les deux rivières. On quitte Point Pleasant en se demandant encore ce que ces témoins de 1966 ont bien pu voir, et c'est sans doute le meilleur souvenir que la ville puisse offrir : une question ouverte, posée au bord de l'eau.