Un fleuve large et calme au milieu d'un pays sec : voilà ce qui étonne d'abord en approchant de Richland. Le Columbia ne coule pas ici entre des forêts brumeuses comme près de Portland, mais entre des collines dorées couvertes d'armoise, sous l'un des ciels les plus ensoleillés de l'État de Washington. Les navires fluviaux qui remontent le Columbia et la Snake s'amarrent en bordure même de la ville, et quelques pas suffisent pour rejoindre les sentiers du bord de l'eau.
Une ville née du fleuve et d'une histoire singulière
Richland forme, avec Pasco et Kennewick, le trio des Tri-Cities, installé là où la Yakima rejoint le Columbia. Longtemps simple bourgade agricole, elle a changé de destin en 1943, quand le gouvernement américain y a établi en secret le site de Hanford, associé au projet Manhattan. Cette page d'histoire se lit encore dans les rues résidentielles : des centaines de maisons standardisées, bâties à la hâte pour loger les travailleurs, portent des lettres de l'alphabet selon leur modèle. Les habitants les appellent toujours les « Alphabet Houses », et les repérer au fil d'une promenade devient vite un jeu.
Howard Amon Park, le salon vert de la ville
Depuis le quai, le plus naturel consiste à longer la rive jusqu'au parc Howard Amon, un vaste espace gazonné qui épouse la rive sur près de deux kilomètres. Les grands arbres y donnent une ombre précieuse en été, les familles pique-niquent près des jeux d'eau et les hérons pêchent à quelques mètres des promeneurs. Le sentier riverain asphalté se prolonge bien au-delà du parc : il appartient au Sacagawea Heritage Trail, une boucle d'environ 37 kilomètres qui relie les trois villes en suivant les deux rives. Une portion d'une heure aller-retour offre déjà de beaux points de vue sur l'eau et les ponts.
Le musée REACH, pour comprendre le paysage
À l'extrémité sud du secteur riverain, le musée REACH raconte à la fois la formation géologique du bassin du Columbia, les crues cataclysmiques de la dernière glaciation, les Premières Nations du fleuve, l'expédition de Lewis et Clark et l'époque de Hanford. Ses salles lumineuses et ses terrasses tournées vers les collines aident à relier tout ce que l'on aperçoit depuis le pont du navire. C'est l'arrêt idéal pour donner de la profondeur à une escale d'apparence paisible.
Le vignoble aux portes de la ville
Les mêmes conditions qui font pousser l'armoise — chaleur, sols volcaniques, air sec — ont fait de la région l'un des grands territoires viticoles de l'État de Washington. Les coteaux de Red Mountain, à une vingtaine de minutes de route, produisent des rouges réputés, et plusieurs salles de dégustation accueillent les passagers en excursion. Même sans quitter Richland, quelques comptoirs près du centre permettent de goûter cabernets et rieslings locaux, souvent servis par les vignerons eux-mêmes.
Repères pratiques
- Accostage : les navires fluviaux amarrent en bordure du secteur riverain, à distance de marche du parc Howard Amon et du centre.
- À pied : promenade riveraine plate et ombragée; le musée REACH se rejoint en sentier ou en quelques minutes de véhicule.
- En excursion : vignobles de Red Mountain à environ 20 minutes; les circuits liés à l'histoire de Hanford partent du secteur selon les saisons.
- Climat : été chaud et sec; chapeau et gourde recommandés pour les marches.
Le retour au navire
En fin de journée, la lumière rasante embrase les collines et l'eau prend des teintes de cuivre. Les passagers reviennent à bord avec un verre de la région en mémoire, quelques images de maisons alphabétiques et le sentiment d'avoir touché un chapitre méconnu du vingtième siècle. Richland ne cherche pas à éblouir : elle laisse plutôt le fleuve, le désert et l'histoire parler à voix basse, et cette retenue reste longtemps avec ceux qui l'écoutent.