Il existe à Rockland une promenade qui ne ressemble à aucune autre : près d'un kilomètre et demi de blocs de granit posés sur la mer, en ligne droite jusqu'à un phare de brique rouge. Marcher le brise-lames, en équilibre entre la baie de Penobscot et le large, donne le ton de cette escale du Midcoast, dans le Maine : de l'air salin, de la pierre, des voiliers, et une ville qui a su troquer ses usines de poisson contre des galeries d'art sans rien renier de ses origines ouvrières.
Arriver par la mer
Les grands navires jettent l'ancre dans la rade et débarquent leurs passagers en navette au Public Landing, à deux pas de Main Street; les petites unités s'amarrent directement au quai. La baie de Penobscot, semée d'îles et de voiles, appartient aux plus beaux plans d'eau de la côte atlantique, et Rockland en est la capitale officieuse : la flotte de grands voiliers traditionnels du Maine, les windjammers, y a son port d'attache et croise tout l'été entre les archipels.
Trois générations de Wyeth
La surprise de Rockland tient dans un musée d'une qualité rare pour une localité de cette taille. Le Farnsworth Art Museum consacre ses salles à l'art américain et, surtout, à la dynastie Wyeth : N.C. l'illustrateur épique, Andrew le peintre des solitudes rurales, Jamie le portraitiste. Le Wyeth Center occupe une ancienne église voisine, et la collection dialogue constamment avec les paysages du Maine qu'on vient de traverser en mer. Comptez une heure trente, davantage si la peinture américaine vous parle. Tout près, le Center for Maine Contemporary Art ajoute une note résolument actuelle derrière sa façade de verre ondulé.
Main Street, entre lentilles et homards
La rue principale s'étire parallèlement au port, bordée de façades de brique où alternent galeries, librairies, cafés et comptoirs de crème glacée. Le Maine Lighthouse Museum y expose la plus importante collection de lentilles de Fresnel du pays, joyaux d'optique aux reflets d'arc-en-ciel qui équipaient les phares de toute la côte. Rockland se proclame par ailleurs capitale du homard, et le titre se vérifie à table : cabanes du quai ou bistros primés, chacun sert sa version de la guédille, généreuse et fraîche du matin. Début août, le Maine Lobster Festival transforme le front de mer en immense cuisine à ciel ouvert.
Le brise-lames, pas à pas
Au nord du port, l'accès au Rockland Breakwater se fait par le parc de Jameson Point. La construction de cet ouvrage colossal, achevée au tournant du XXe siècle, engloutit des centaines de milliers de tonnes de granit; le phare, lui, veille depuis 1902. L'aller-retour demande une bonne heure, par mer calme de préférence : les blocs sont larges mais irréguliers, et les jours de houle, les embruns balaient la crête. La récompense : une vue imprenable sur les toits de Rockland, les collines de Camden au loin et le ballet des voiliers rentrant au mouillage.
L'escale en pratique
- Public Landing au centre-ville : commerces et musées à moins de 10 minutes à pied.
- Brise-lames : environ 2 km du centre; taxi ou marche côtière par Samoset Road.
- Farnsworth et Lighthouse Museum : billets sur place, tous deux sur ou près de Main Street.
- Les excursions proposent souvent Camden et son mont Battie, à 13 km au nord.
En reprenant la mer, le phare du brise-lames défile une dernière fois à tribord, et les windjammers inclinent leurs mâts dans le soir. Rockland démontre qu'une ville de pêche peut devenir ville d'art sans se déguiser, et cette sincérité-là, comme la lumière de la baie de Penobscot, accompagne le voyageur bien après la sortie de la rade.