Une ville fondée en 1565, soit plus d'un demi-siècle avant l'arrivée du Mayflower en Nouvelle-Angleterre. Saint Augustine porte le titre de plus ancienne cité d'origine européenne habitée sans interruption aux États-Unis, et cette profondeur historique se lit à chaque coin de rue. Les petits navires côtiers qui la desservent accostent près du quartier historique, si bien que quatre siècles et demi d'histoire commencent à quelques pas de la passerelle.
Le Castillo de San Marcos
La promenade mène d'abord au Castillo de San Marcos, la forteresse espagnole qui garde la baie depuis la fin du XVIIe siècle. Ses murs de coquina, une pierre calcaire faite de coquillages soudés, absorbaient les boulets au lieu de se fissurer, ce qui explique que le fort n'ait jamais été pris d'assaut. Du haut des remparts, la vue embrasse la baie de Matanzas, le phare rayé du rivage opposé et les toits rouges de la vieille ville. Les gardiens en costume d'époque font parfois tonner un tir de démonstration qui résonne jusque sur le front de mer, au grand plaisir des enfants comme des historiens amateurs.
St George Street, l'artère coloniale
À deux pas du fort s'ouvre la rue St George, une voie piétonne tracée au XVIIIe siècle qui demeure le cœur battant de la cité. Boutiques d'artisans, cafés ombragés et maisons coloniales aux balcons de bois s'y succèdent dans un joyeux va-et-vient. Les façades racontent les couches successives de l'histoire locale, domination espagnole, parenthèse britannique, retour de l'Espagne puis rattachement aux États-Unis, chaque période ayant laissé sa marque dans l'architecture.
L'héritage doré de l'époque Flagler
Quelques rues plus au sud, le décor change d'échelle. À la fin du XIXe siècle, le magnat du rail Henry Flagler a doté la cité d'hôtels de villégiature d'inspiration hispano-mauresque dont les tours et les coupoles dominent toujours le centre. L'ancien hôtel Ponce de León, devenu le Flagler College, ouvre sa cour aux visiteurs et donne une idée du faste de cette époque où l'aristocratie du Nord venait hiverner en Floride. Juste en face, l'ancien hôtel Alcazar abrite aujourd'hui l'hôtel de ville et le musée Lightner, dont les collections d'objets d'art du XIXe siècle occupent jusqu'à l'ancienne piscine intérieure du palace. Les amateurs d'architecture flânent longuement dans ce périmètre compact, appareil photo en main.
| Repère | À savoir |
| Accostage | Petits navires côtiers, quartier historique à proximité immédiate |
| Castillo de San Marcos | Forteresse espagnole en coquina, fin du XVIIe siècle |
| St George Street | Rue piétonne coloniale, boutiques et cafés |
| Fondation | 1565, plus ancienne ville européenne habitée du pays |
Le front de baie et le pont des Lions
Entre deux visites, le front de baie mérite une flânerie à part entière. La promenade longe les remparts, passe devant les canons espagnols et rejoint le pont des Lions, un ouvrage des années 1920 gardé par deux félins de marbre, qui enjambe l'Intracoastal Waterway vers l'île d'Anastasia. Les voiliers défilent sous les arches, les pélicans plongent dans le chenal et la brise saline rafraîchit agréablement la marche. Ce belvédère naturel offre aussi le meilleur recul pour photographier la silhouette de la vieille cité, ses clochers et ses toits de tuile.
Les ruelles du soir
En fin d'escale, il fait bon quitter les axes fréquentés pour les venelles adjacentes, Aviles Street et ses galeries d'art, Charlotte Street et ses jardins cachés derrière les grilles de fer forgé. L'air sent le jasmin et la pierre chaude, les calèches font sonner les sabots sur la chaussée et les terrasses s'animent doucement. Saint Augustine possède ce talent rare de rendre l'histoire aimable, sans vitrine ni solennité. On y remonte à bord avec l'impression d'avoir feuilleté le premier chapitre du récit américain, et l'envie d'en connaître la suite.