Une passerelle de bois s'enfonce dans la forêt inondable, entre peupliers et lianes, puis débouche sur une étendue d'eau large et brune où défilent des trains de barges : voilà ce qui attend les passagers à Tunica. L'escale se vit au Tunica RiverPark, un parc riverain posé seul dans la plaine du delta, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Memphis. Ici, aucune ville ne borde le débarcadère; le Mississippi règne sans partage, et ce dénuement fait justement la saveur de l'étape.
Un parc face au fleuve
Dès la descente de la passerelle, le parc invite à ralentir. Une terrasse d'observation surplombe le courant, idéale pour mesurer la puissance du géant que le navire remonte ou descend depuis plusieurs jours : le regard porte loin sur les bancs de sable, les remous et les convois qui semblent glisser sans effort. Les sentiers sur pilotis traversent la forêt de plaine inondable, un milieu changeant où hérons, tortues et écureuils se laissent surprendre entre les troncs noueux. Le pavillon du site, consacré au génie fluvial et à la faune locale, complète la promenade. Une heure de flânerie suffit à en voir l'essentiel, bercé par le clapot contre la berge et le froissement des feuilles de peuplier.
Le pays du coton
Au-delà de la digue commence l'immense platitude agricole du delta du Mississippi. Les champs de coton, de soya et de maïs s'étirent jusqu'à l'horizon, ponctués de silos et de hangars à machines. Cette terre parmi les plus fertiles du continent a façonné l'histoire du Sud, avec ses grandeurs et ses douleurs : les plantations d'hier ont nourri autant la richesse des planteurs que la naissance d'une musique née dans les champs. Les excursions proposées à l'escale racontent ce double héritage avec justesse.
La route 61 et le blues
Un court trajet en autocar mène à la légendaire route 61, la « Blues Highway » qui relie La Nouvelle-Orléans à Memphis. Une gare ferroviaire de 1895, déplacée au bord de la route, abrite le Gateway to the Blues Museum : guitares d'époque, stations d'écoute, documents rares et même une cabine où chacun peut enregistrer son propre morceau. Le musée explique comment le delta a vu naître Muddy Waters, Howlin' Wolf et tant d'autres, avant que leur musique ne remonte le fleuve vers Chicago. Pour beaucoup de voyageurs, ce moment demeure le point fort de la journée.
Tunica, la discrète
La petite ville elle-même se tient plus au sud, avec sa rue principale bordée de commerces de brique, ses églises blanches et son musée d'histoire locale, du peuplement amérindien à l'ère du coton. Le comté abrite aussi, au nord, un chapelet de casinos surgis des champs dans les années 1990, devenus la principale industrie régionale : leurs tours vitrées font un contraste presque irréel avec les fermes voisines. Les navettes des compagnies desservent l'un ou l'autre selon les itinéraires, mais plusieurs passagers choisissent simplement de rester au bord de l'eau, un verre de thé glacé à la main, à regarder travailler le fleuve.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Sentiers et pavillon du RiverPark | Sur place | À pied |
| Gateway to the Blues Museum | Une quinzaine de kilomètres | Excursion ou navette |
| Centre de Tunica et son musée | Une douzaine de kilomètres | Excursion ou navette |
Au moment du départ, quand les amarres glissent de la berge, le delta reprend son silence, à peine troublé par le moteur d'un remorqueur au loin. Cette escale ne cherche pas à éblouir : elle fait entendre le Sud profond, ses champs, son fleuve et ses guitares. Beaucoup de croisiéristes repartent avec une chanson en tête et le sentiment d'avoir touché aux racines mêmes de la musique américaine.