Des fresques hautes comme des maisons couvrent le mur anti-crue du débarcadère : vapeurs à aubes, crues légendaires, scènes de siège. Vicksburg se raconte ainsi, dès la passerelle, sur le béton même qui la protège des eaux. La ville s'accroche à des collines de lœss au-dessus d'un caprice du fleuve : en 1876, le Mississippi a recoupé une boucle et s'est éloigné de ses quais; un canal de diversion creusé au tournant du 20e siècle lui a rendu son front d'eau. C'est donc le long de ce chenal tranquille que les navires fluviaux s'amarrent aujourd'hui, au pied d'une cité où chaque rue semble avoir une histoire à défendre.
De la berge à Washington Street
La montée vers le centre est courte mais raide, à l'image de cette ville bâtie en escaliers. Tout près du débarcadère, le musée du bas Mississippi explique la mécanique du grand fleuve, ses digues, ses inondations et le travail du génie militaire, avec un vrai remorqueur à explorer à sec, de la timonerie aux cabines, qui ravit petits et grands. Quelques rues plus haut, Washington Street aligne antiquaires, galeries et cafés dans des façades de brique du 19e siècle, entre balcons de fonte et enseignes peintes. On y trouve aussi une curiosité gourmande : la boutique-musée Biedenharn, où un confiseur embouteilla pour la première fois le Coca-Cola en 1894; le comptoir d'époque et les machines d'embouteillage valent le coup d'œil, cornet de crème glacée en main.
Le vieux palais de justice
Au sommet de la colline, l'ancien palais de justice de 1858 domine les toits avec ses colonnades et sa coupole blanche. Ses salles rassemblent une collection foisonnante : objets du siège, souvenirs des familles pionnières, journaux et uniformes de l'époque confédérée. Depuis la galerie, le panorama embrasse les méandres, les ponts jumeaux et la plaine de Louisiane à l'horizon; on comprend d'un seul regard pourquoi ce verrou fluvial fut si âprement disputé, et pourquoi Lincoln le qualifiait de clé de la victoire. Les bénévoles qui gardent les salles ajoutent volontiers leurs anecdotes familiales au récit.
Le champ de bataille et la canonnière
Le parc militaire national, dont l'entrée se situe à environ 3,5 km du quai, préserve les lignes du siège de 1863 : 47 jours de tranchées, de bombardements et de privations qui livrèrent le Mississippi à l'Union et scellèrent, avec Gettysburg, le sort de la guerre. Plus d'un millier de monuments jalonnent les collines vertes, dressés par les États d'origine des combattants des deux camps; certains ont l'allure de temples grecs posés dans les prés. Le clou de la visite reste l'USS Cairo, canonnière cuirassée coulée dans le Yazoo en 1862, renflouée un siècle plus tard et présentée sous un grand auvent : coque de bois, plaques de fer et objets repêchés composent un instantané saisissant de la marine fluviale. Les excursions des compagnies couvrent le circuit en deux ou trois heures, commentaire passionné compris.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Fresques du mur anti-crue | Sur place | À pied |
| Musée du bas Mississippi | Environ 600 m | À pied |
| Washington Street et palais de justice | Moins de 1 km | À pied, montée raide |
| Parc militaire et USS Cairo | Environ 3,5 km | Excursion, navette ou taxi |
Au retour, beaucoup de passagers s'attardent une dernière fois devant les fresques, qui prennent un autre relief une fois la ville parcourue : on y reconnaît désormais la coupole, la canonnière, les visages des habitants d'autrefois. Vicksburg laisse cette impression singulière d'une cité qui a survécu à son fleuve autant qu'à sa guerre, et qui garde les deux mémoires à ciel ouvert, sans amertume. La passerelle remontée, on regarde longtemps les collines s'éloigner dans la lumière dorée du soir.