On entend Hanoï avant de la voir : un bourdonnement continu de scooters, de klaxons brefs et de voix qui marchandent. Les bateaux fluviaux qui remontent le fleuve Rouge s'amarrent aux abords de la capitale vietnamienne, et un court transfert suffit pour plonger dans une cité millénaire où chaque trottoir sert à la fois de cuisine, de salon et de stationnement. Fondée il y a plus de mille ans entre digues et rizières, la « ville entre les fleuves » condense l'Asie comme peu d'escales savent le faire.
Le Vieux Quartier et ses trente-six rues
Le cœur marchand s'organise depuis des siècles en rues de corporations : rue de la Soie, rue du Chanvre, rue des Médicaments traditionnels. Les façades étroites, dites maisons-tubes, s'enfoncent profondément derrière des devantures encombrées de marchandises, héritage, dit-on, d'un impôt jadis calculé sur la largeur de la vitrine. On circule à pied, au rythme des vendeuses en chapeau conique et des porteurs de paniers suspendus à leur palanche. Chaque carrefour propose sa soupe pho fumante, servie sur des tabourets de plastique à hauteur de genou, et l'odeur du bouillon à la badiane accompagne la promenade d'un bout à l'autre du quartier.
Le lac de l'Épée restituée
En bordure de ces ruelles, le lac Hoan Kiem sert de respiration à la capitale. Selon la légende, un empereur y aurait rendu à une tortue géante l'épée magique qui avait chassé l'envahisseur chinois. Un pont de bois laqué rouge, le pont The Huc, mène au temple Ngoc Son posé sur un îlot ombragé. Tôt le matin, les berges appartiennent aux pratiquants de tai-chi et aux joueurs d'échecs chinois; le soir, aux familles qui viennent prendre le frais autour de la tour du milieu du lac, éclairée comme une lanterne.
La mémoire des lettrés
À quelques minutes en véhicule, le temple de la Littérature aligne cours, bassins et pavillons dédiés à Confucius. Fondé en 1070, il abrita la première université du pays; les stèles posées sur des tortues de pierre gravent encore les noms des lauréats des concours impériaux. Les étudiants viennent toujours s'y faire photographier en toge avant la remise des diplômes, perpétuant dix siècles de respect du savoir. Non loin, la prison Hoa Lo, que les pilotes américains surnommaient avec ironie le « Hanoi Hilton », documente un pan plus sombre de l'histoire, de la colonisation française à la guerre du Vietnam. L'héritage colonial se lit aussi dans les avenues du quartier français, où l'opéra de 1911, inspiré du palais Garnier, côtoie villas ocre et balcons ouvragés sous les tamariniers.
Un train dans la ruelle
Curiosité devenue célèbre, la rue du Train se faufile entre des habitations si proches des rails que les résidents replient chaises et étals au passage du convoi. Attablé devant un café aux œufs, spécialité locale onctueuse comme un dessert inventée ici dans les années 1940, on guette la vibration qui annonce la locomotive et le ballet des tabourets qu'on replie. Les amateurs de spectacle peuvent aussi réserver une séance de marionnettes sur l'eau, art né dans les rizières du delta, où dragons et pêcheurs de bois évoluent sur un bassin au son des tambours.
Repères pour l'escale
| Élément | Détail |
| Accostage | Amarrage fluvial aux abords de la capitale; transferts en véhicule |
| Vieux Quartier | Se parcourt à pied; prudence en traversant |
| Bon à savoir | Saison sèche d'octobre à avril, la plus agréable |
À l'heure de rentrer à bord, le vacarme des scooters s'estompe derrière les digues du fleuve Rouge. Il en reste quelque chose pourtant : une odeur de bouillon et de coriandre, le rouge d'un pont laqué, l'aplomb d'une capitale qui traverse les siècles sans jamais ralentir. Hanoï ne se referme pas; elle donne rendez-vous.