Tan Chau Mekong Delta, Vietnam

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Le claquement régulier des métiers à tisser guide les pas dans les ruelles de Tan Chau. Cette bourgade du delta du Mékong, posée près de la frontière cambodgienne, vit de la soie depuis sa fondation au dix-huitième siècle. Les bateaux fluviaux y font halte entre le Vietnam et Phnom Penh, et l'escale compte souvent parmi les plus attachantes de l'itinéraire, précisément parce qu'il ne s'y passe rien de spectaculaire. Une demi-journée suffit à en faire le tour, sans jamais se presser.

Accoster au bord du fleuve

Les navires de rivière s'amarrent directement contre la berge, au moyen de passerelles posées sur la rive. Le débarquement se fait en douceur, sous le regard curieux des enfants et des marchandes. Tout se joue ensuite à petite échelle : le bourg s'explore à pied, en triporteur ou en sampan, ces barques de bois qui se faufilent dans les canaux étroits des environs.

La soie noire de Tan Chau

La réputation du lieu repose sur une étoffe rare : la lanh My A, une soie d'un noir profond obtenue en trempant le tissu dans le jus d'un fruit local, celui du mac nua. Dans les ateliers, on suit toutes les étapes du travail, du dévidage des cocons au passage dans les teintures, jusqu'au lustrage qui donne au textile son éclat particulier. Une seule pièce de qualité demande des mois de travail, ce qui explique le prix demandé et la fierté des artisans. Les artisanes manipulent les écheveaux avec une dextérité qui force l'admiration, et les pièces vendues sur place soutiennent directement leur métier.

Nattes, marchés et vie de quartier

La localité tisse aussi des nattes de fibres végétales aux motifs colorés, une autre spécialité transmise de génération en génération. Le marché central, lui, déborde de fruits du delta, de poissons de rivière et de galettes de riz. On y observe la vie quotidienne sans mise en scène : commerçantes accroupies devant leurs étals, mobylettes chargées au-delà du raisonnable, appels lancés d'un trottoir à l'autre. Personne ne cherche à vendre à tout prix; on vous offre plutôt un quartier de fruit et un sourire, ce qui désarme les plus méfiants.

En sampan dans les canaux

L'excursion classique consiste à embarquer sur une barque à fond plat pour sillonner les bras d'eau qui entourent le bourg. Le moteur ralentit, puis se tait par endroits : restent le clapotis, les palmiers d'eau et les maisons flottantes où sèchent filets et lessives. Certaines familles élèvent des poissons dans des cages immergées sous leur plancher, un mode de vie que l'on approche ici au plus près. Les guides répondent volontiers aux questions sur les crues, les récoltes et les allers-retours quotidiens vers le Cambodge voisin, tant la frontière fait partie du paysage.

Quelques repères pour l'escale

  • Les visites d'ateliers textiles figurent dans presque tous les programmes des bateaux fluviaux.
  • Le triporteur local, sorte de pousse-pousse motorisé, constitue une façon plaisante de parcourir le bourg.
  • Prévoyez de petites coupures en dongs pour les achats au marché et les pourboires.
  • Un chapeau et des vêtements légers suffisent; tout se concentre à quelques minutes du point d'accostage.
  • La chaleur monte vite : les sorties matinales offrent la meilleure lumière et les rues les plus animées.

Au moment où le bateau reprend le fil du Mékong, les toits de tôle et les vergers de la rive glissent lentement hors de vue. Tan Chau n'a ni monument célèbre ni panorama grandiose, et c'est sa force : l'escale montre un delta au travail, fidèle à ses gestes anciens. Le souvenir qui s'impose, des jours plus tard, est souvent le même : celui d'un carré de soie sombre qui accroche la lumière.