Le tender contourne les pangas au mouillage, et déjà le décor s'installe : une baie presque fermée, des collines vertes, un débarcadère qui donne directement sur le Paseo del Pescador, la promenade des pêcheurs. Zihuatanejo n'a pas de terminal : les navires jettent l'ancre au large du bourg, et cette approche en douceur, dix à quinze minutes sur l'eau, reste l'une des plus jolies entrées en matière de la côte pacifique mexicaine.
Le village d'abord
Longtemps simple communauté de pêcheurs, « Zihua » a grandi sans renier son échelle humaine. Le débarcadère dépose au cœur du bourg : ruelles pavées de pierre, boutiques d'artisanat du Guerrero, cafés ouverts sur la rade. Le matin, les pêcheurs tirent encore leurs embarcations sur la Playa Principal et vendent la prise du jour à même le sable — thons, dorades et huachinangos alignés sur des tables de fortune, sous l'œil intéressé des frégates.
Un musée de poche
À l'extrémité du Paseo del Pescador, le musée archéologique de la Costa Grande retrace en six salles l'histoire précolombienne de cette côte, bien antérieure aux stations touristiques : céramiques, outils d'obsidienne et liens commerciaux avec les grandes cultures du plateau central. La visite tient en une demi-heure et donne au reste de la journée une profondeur inattendue.
De Madera à La Ropa
Un sentier en corniche part du bout de la promenade et longe la mer jusqu'à Madera, une anse familiale où l'eau reste douce. Les plus marcheurs poursuivent vers La Ropa, une quinzaine de minutes plus loin : un kilomètre de sable bordé de palmiers et de restaurants de bord de mer, considéré comme la baignade maîtresse des lieux. Son nom — « la plage du linge » — rappelle le naufrage d'un galion dont la cargaison de soieries s'échoua ici. Parasols et chaises se louent sur place, et les couchers de soleil y ont bâti leur réputation.
Las Gatas, l'anse du bout du monde
En face du village, accessible uniquement en bateau-taxi depuis le débarcadère, Las Gatas s'abrite derrière une barrière de pierres que la légende attribue à un roi tarasque désireux d'y baigner ses filles à l'abri des vagues. L'eau peu profonde et le récif en font le site d'apnée le plus commode du secteur. Les palapas y servent les tiritas de pescado, ceviche local au citron vert et à l'oignon rouge, spécialité dont les habitants sont fiers à juste titre.
La table et le marché
Pour prendre le pouls du quotidien, le marché municipal, à quelques rues du front de mer, vaut le détour du milieu d'avant-midi : piles de piments, fromages du Guerrero, comptoirs de jus pressés. Les cuisines familiales qui l'entourent servent le pozole du jeudi, tradition régionale respectée à la lettre. Manger ici coûte trois fois rien et raconte la région mieux qu'aucune visite guidée.
Et Ixtapa ?
La station moderne d'Ixtapa, à une dizaine de kilomètres, aligne golfs, marinas et grands hôtels le long du croissant d'El Palmar. Les voyageurs en quête d'infrastructures de villégiature peuvent s'y rendre en taxi en une quinzaine de minutes; ceux qui préfèrent l'atmosphère du village n'auront aucune raison de quitter la rade. Une piste cyclable relie d'ailleurs les deux localités, et les plus curieux poussent jusqu'à Playa Linda, où une passerelle d'observation surplombe en toute sécurité une lagune peuplée de crocodiles. Les deux mondes cohabitent à distance respectueuse, chacun avec son public.
Le retour en tender
Au moment de retraverser le plan d'eau, le village s'éloigne doucement, ses toits de tuile serrés entre mer et collines. Zihuatanejo laisse ce sentiment particulier des lieux restés fidèles à eux-mêmes : on y a marché au rythme des habitants, mangé leur poisson, suivi leurs sentiers. Il faut parfois si peu de choses pour qu'une escale ressemble à un souvenir d'ami.