Les grues portiques défilent d'abord, alignées comme des girafes d'acier : Manzanillo est le premier port de commerce du Mexique sur le Pacifique, et il ne s'en cache pas. Puis, passé les conteneurs, le regard accroche une immense sculpture bleue dressée face à la mer — un espadon voilier de plusieurs étages, œuvre du sculpteur Sebastián, devenu l'emblème d'une ville qui se proclame capitale mondiale de la pêche à l'espadon.
Du navire au centre ancien
Le quai des navires de passagers jouxte le centre historique : le zócalo, le front de mer et la sculpture de l'espadon se rejoignent en dix à quinze minutes de marche. Le Jardín Álvarez, la place principale, réunit kiosque, ficus taillés et bancs de fer forgé où les aînés commentent la journée. L'ambiance est celle d'une cité portuaire qui travaille, avec ses commerces d'usage, ses vendeurs ambulants et ses fonctions bien réelles — un Mexique sans mise en scène, où le passage d'un navire blanc reste un événement qu'on regarde depuis les terrasses.
Le malecón et le marché
La promenade du bord de l'eau court sur environ un kilomètre et demi le long de la rade, entre bateaux de pêche sportive et pangas des professionnels. Les prises locales ont établi des records mondiaux, et les tournois d'espadon rythment encore le calendrier. À quelques rues de là, le marché municipal aligne fruits, fromages et comptoirs de fruits de mer fréquentés par les habitants : ceviche de crevette et cocktails de palourdes s'y dégustent au coude à coude avec les débardeurs en pause. Les étals de glaces à la noix de coco ferment la marche, halte parfaite avant de reprendre la direction du navire.
Les baies jumelles
La géographie fait le reste : deux baies en enfilade, Manzanillo et Santiago, séparées par la presqu'île où s'accroche le complexe blanc de Las Hadas. Cet ensemble d'inspiration mauresque, célèbre pour avoir servi de décor au film américain « 10 » en 1979, a lancé la vocation de villégiature de la côte. Les sables de La Audiencia et de Santiago, à une quinzaine de minutes en taxi du centre, offrent des eaux calmes pour la baignade; les rochers du secteur, dont l'étonnante Piedra del Elefante, abritent les meilleurs sites d'apnée de la région.
Les tortues de Cuyutlán
Les voyageurs prêts à s'éloigner davantage mettent le cap au sud vers Cuyutlán, à environ 45 minutes de route, où le centre écologique El Tortugario recueille et relâche des tortues marines. Selon la période, il est possible d'assister à une remise à l'eau de nouveau-nés sur la longue grève de sable sombre, entre cocotiers et lagune aux oiseaux. Une sortie qui plaît particulièrement aux familles.
L'assiette du Pacifique
Le Colima, plus petit État côtier du pays, a ses fiertés de table : le ceviche de Colima, finement haché et monté sur tostada, les sopitos — minuscules tortillas garnies typiques de la région — et le tuba, sève de palmier fraîche que des vendeurs ambulants servent avec arachides et pommes hachées, à repérer autour du zócalo à leur calebasse suspendue. Un arrêt à l'un de ces comptoirs coûte quelques pesos et vaut tous les restaurants panoramiques.
Repères pratiques
| Destination | Depuis le quai |
| Zócalo, espadon et malecón | 10 à 15 minutes à pied |
| Marché municipal | environ 15 minutes à pied |
| La Audiencia et baie de Santiago | 15 à 20 minutes en taxi |
| El Tortugario (Cuyutlán) | environ 45 minutes en taxi ou excursion |
En larguant les amarres
Au départ, le navire longe de nouveau les portiques, puis la sculpture bleue disparaît derrière la pointe. Manzanillo n'enjolive rien : elle montre un Pacifique mexicain au travail, des baies où l'on se baigne à côté des chalutiers, un quotidien sans fard. C'est exactement ce qui fait son prix pour les voyageurs curieux de voir l'envers du décor touristique.