Au fond du Hardangerfjord, les pentes changent de couleur selon la saison. Blanches et roses au printemps, quand des milliers de pommiers fleurissent en même temps. Rouges et dorées à l'automne, au moment de la récolte. Ulvik vit au rythme de ses vergers, et le voyageur qui arrive par la mer le comprend avant même de poser le pied à terre. Le navire jette l'ancre dans un bassin abrité, puis les annexes déposent les passagers en plein centre du village, devant l'hôtel Brakanes, à deux pas de tout.
Le verger de la Norvège
Les fruits poussent ici depuis des siècles, grâce à un microclimat étonnamment doux pour cette latitude. Les fermes familiales cultivent pommes, poires, prunes et cerises sur des terrasses qui descendent jusqu'au rivage. Cette tradition a donné naissance à une spécialité désormais reconnue bien au-delà du fjord : le cidre du Hardanger. Plusieurs producteurs des environs ouvrent leurs portes aux visiteurs, proposent des dégustations et expliquent comment le pressage et la fermentation transforment la récolte en boissons fines. Une escale à Ulvik ressemble moins à une visite urbaine qu'à une rencontre avec un terroir.
La route des fruits et du cidre
Depuis le débarcadère, un chemin baptisé Apalvegen, littéralement le chemin des pommiers, mène vers la ferme cidricole la plus proche en moins de trente minutes de marche. Le parcours traverse les vergers en pente, avec le fjord en contrebas et les sommets enneigés en toile de fond. Trois exploitations jalonnent cette route des fruits et du cidre, chacune avec sa personnalité : l'une mise sur les jus et les sirops, l'autre sur les cuvées primées, la troisième sur l'accueil à la ferme. Les excursions organisées combinent souvent deux arrêts avec dégustation. Les marcheurs indépendants peuvent simplement suivre le chemin et pousser la porte de la première ferme rencontrée.
Un village qui se parcourt à pied
Le centre d'Ulvik tient en quelques rues posées le long de l'eau. L'église, la promenade riveraine et les cafés se rejoignent en quelques minutes. Le village honore aussi la mémoire de son poète, Olav H. Hauge, figure majeure de la littérature norvégienne du vingtième siècle, qui a passé sa vie ici à cultiver ses pommiers et à écrire. Un centre culturel lui est consacré au cœur du bourg : on y découvre ses carnets, sa bibliothèque et cette voix singulière qui parlait des vergers comme d'un univers entier. Même sans connaître son œuvre, la visite éclaire le lien profond entre ce paysage et ceux qui l'habitent.
Prendre le temps de regarder
Le bassin d'Ulvik forme l'une des ramifications les plus paisibles du Hardangerfjord. Les montagnes n'écrasent pas le village : elles l'encadrent, laissant entrer la lumière. Les bancs de la promenade invitent à s'asseoir face à l'eau, où se reflètent les fermes accrochées aux pentes. Ceux qui préfèrent l'effort grimperont vers les hauteurs par les sentiers balisés qui partent du centre : chaque lacet révèle un peu plus l'ampleur du fjord et la géométrie des vergers vus d'en haut.
Au moment de larguer les amarres
Beaucoup d'escales norvégiennes impressionnent par leurs dimensions. Ulvik séduit autrement, par une forme de douceur rare dans l'univers des fjords. On y goûte un jus pressé le matin même, on y écoute un producteur raconter ses pommiers, on y marche entre les arbres fruitiers au-dessus d'une eau parfaitement calme. En reprenant l'annexe vers le navire, les passagers emportent souvent une bouteille de cidre dans leur sac. Elle sera ouverte des semaines plus tard, à la maison, et ramènera d'un coup les pentes fleuries du Hardanger.